Toutes les fenêtres et les ruisseaux

 A la mort de sa grand-mère, elle initie une traversée en solitaire des rivages de la Normandie, aux fenêtres de Bruxelles, de la Laponie au Québec. Femme libre dans son kway jaune qui illumine le pavé gris, spectatrice d’un monde à la dérive, elle se métamorphose dans des figures qu’elle rencontre et qui racontent ce monde complexe dans lequel elle chemine

Naître dans un corps de femme et se sentir mille. Elle est la goutte d’eau qui va déborder, elle est l’araignée qui affirme la puissance du féminin, elle est un animal commercial quand elle déjoue la mécanique du « métro boulot dodo ». 

Son spectacle détient aussi des moments contemplatifs à la lumière de l’élément eau qui est à la source de sa création. Descendante d’un capitaine au long cours et d’une arrière grand-mère qui s’est jetée dans la Seine, Adélys voue une fascination pour l’eau. Elle brave ses peurs en Laponie sur le lac gelé de Torneträsk. Elle contemple l’horizon salvateur sur le fleuve Saint Laurent à Rimouski, au Québec.

Toujours nomade, Adélys dessine sa vie à la manière des ruisseaux en constant mouvement.

 « Lumière noble » en norvégien,  elle apporte des éclaircies, des couleurs d’espoir, avec ses tableaux aux couleurs changeantes. 

Les musiques sont nées au cours du voyage, entre ses trois ports d’attaches que sont la Normandie, le Québec et Bruxelles. Elle voulait des bandes sonores qui soient vivantes, propices au mouvement sur lesquelles poser sa voix. C’est en rencontrant la chanteuse Mell à Montréal lors de son parcours qu’elle décida de coproduire les musiques avec elle, qui sont aussi celles de l’album éponyme à paraître. Elles s’inspirent de l’électro acoustique de Björk, de la pop de Billie Eilish, des choeurs entêtants de Klo Pelgag. Ces derniers ont été entièrement enregistrés par Adélys et participent à la création des espaces singuliers qu’elle recrée sur scène. Parfois, elle s’accompagne au piano dans les chansons plus contemplatives.

Seule en scène, d’une voix claire et puissante, le corps élancé, elle danse avec un grand cube mobile où sont projetées des vidéos réalisées par Félix Bonjour aux couleurs de son intérieur changeant. Ce cube représente les facettes du monde qu’elle observe en constante métamorphose. Dans ce spectacle contemporain, elle nous envoie des flashs de liberté sur fond de crises multiples.  

Chronique du spectacle :

Plantée dans son kway jaune et ses chaussures rouges, toute en noir sur fond blanc ou en cape orange translucide sur fondus de bleus, elle nous invite à la suivre : « bienvenue chez moi ! ». Dès les premières notes, plaquées au synthé, dès la première chanson : une présence et une voix qui sonne : claire, tonique, vivante. Adélys nous embarque dans sa sphère musicale, qui est aussi poétique et visuelle. 

Normandie, Belgique et toujours plus au Nord Montréal : son spectacle est un voyage où l’on retraverse avec elle un parcours personnel.  Bruxelles, pas celle de Dick Annegarn mais sa Bruxelles à elle à vélo au fil des canaux, qui nous prend tout autant. La mer à l’infini des côtes normandes d’où elle vient, qui se mélange au ciel. Puis plus loin Montréal où l’eau devient neiges du grand Nord. Un parcours au fil de l’eau justement, peut-être le fil d’Ariane de son spectacle : l’eau vive comme l’énergie de la vie qui coule, de la nature, de la liberté d’une chanteuse qui veut « ouvrir toutes les fenêtres », suivre « les ruisseaux » : regarder le monde autour, oser sa vie, se métamorphoser.

D’une mélodie électro à l’autre, son spectacle est en fait un voyage au fil de sa géographie intérieure. Un regard engagé sur le monde comme il va ou ne va pas. Adélys explore les thèmes de son temps, avec son regard singulier. La planète en danger, la nature qu’on entend plus : c’est la « goutte d’eau » prise dans un monde qui perd le Nord. Le genre féminin qui veut exister, dans sa puissance et sa fragilité : c’est quand tu ne veux pas être prise pour « ton corps », c’est la voyageuse solitaire de « Bruxelles », c’est l’«Araignée » qui veut exprimer toute sa créativité sans qu’on l’empêche. Les piégés de notre monde oppressant : c’est la femme de chambre de cet hôtel d’Ottawa ou l’animal humain du « Lundi matin ». 

« Toutes les Fenêtres et les Ruisseaux » ouvre une succession de tiroirs, d’histoires aux ambiances visuelles et musicales chaque fois différentes. Les rythmes parfois nous emmènent en douceur vers des ailleurs contemplatifs et, le plus souvent, balancent et nous font pulser. Dans une scénographie minimaliste autour d’un immense cube, le voyage prend des colorations changeantes : Adélys a fait appel à l’art numérique et au jeune créateur visuel Félix Bonjour pour mettre en noirs ou en couleurs son univers intérieur. En écho à la musique et aux textes, une suite d’ambiances et de paysages abstraits se projettent sur les faces tantôt intérieures tantôt extérieures du cube : un cadre à visiter, à quitter, à dépasser. A la fois musical et visuel, le spectacle est toujours poétique et sensible.   

Au fil de ses chansons femme-araignée créatrice, animal humain prisonnier ou goutte d’eau en bottines de pluie ou rangers rouges, Adélys se met seule en scène. Déboulée à la musique électronique après une formation classique, au jazz et à l’opéra, la chanteuse inscrit tout naturellement sa singularité dans le nouveau paysage des chanteuses électro françaises. Parfois gai parfois triste quand c’est plus sombre, il est toujours humain et sensible. C’est surtout plein d’énergie et fondamentalement joyeux. Encore !

Véronique Bonnet