Adélys se transforme sur scène

par maryse bunel | relikto 5 mai 2021

Adélys a passé une semaine en résidence au Tetris au Havre où elle a travaillé avec le danseur et chorégraphe de la compagnie Beau Geste, Philippe Priasso. Sur scène, elle veut désormais « être dans le mouvement ».

Adélys se laisse encore une année pour sortir son prochain album. Jusqu’au printemps 2022, la chanteuse, autrice et compositrice, originaire d’Évreux, a « besoin de temps afin que la matière se peaufine et se rode ». Elle a aussi envie de partager ce nouveau disque comme on « vit une traversée ». Chaque titre doit ainsi se transformer en « des tableaux symboliques. Je veux les incarner. Pour cela, il faut être dans le mouvement ».

Sur scène, Adélys ne souhaite plus être uniquement une chanteuse. « Dans ma tête, il y a presque un côté péjoratif. Mon père a été musicien de jazz. J’ai cette image de la femme qui pose et à qui on n’en demande pas plus. Je ne peux pas écrire et seulement chanter. Cela ne m’intéresse pas et Il me manque d’autres dimensions. Je veux raconter des histoires, emmener le public sur un parcours, incarner les mots, faire corps avec les textes ».

UNE CHANTEUSE, MAIS PAS SEULEMENT

Au Tetris, au Havre, où elle a passé une semaine, Adélys a continué à imaginer son concert comme « une création contemporaine de danse ». Elle a mené ce travail aux côtés de Philippe Priasso. « Je l’ai rencontré pour la première fois lors d’un atelier danse au lycée. J’avais bien accroché. Sa façon de faire m’avait beaucoup plu. Il nous avait parlé de la danse comme d’un élan libératoire ». Avec le danseur et chorégraphe de la compagnie Beau Geste, elle a « exploré le plateau. Je me suis rendue compte que le temps de la scène n’est pas le même que celui dans la réalité. Un geste n’est pas perçu de la même manière. J’ai appris à utiliser cette contrainte pour me libérer. Nous avons aussi déroulé tout le spectacle dans lequel je me transforme. Tout cela m’a permis de me demander ce que je veux vraiment raconter et d’aller chercher la fluidité ».

Jusqu’à présent, Adélys a avancé au rythme des sorties de plusieurs EP empreints d’une poésie du quotidien mêlée de pop, de jazz et d’électro. Dans ses parcours, elle dessine une carte des sentiments et clame le vivant.

Liberté dimanche 06/12/20

Chronique PAR veronique bonnet :

Plantée dans son kway jaune, elle nous invite à la suivre : « bienvenue chez moi ! ». Dès les premières notes, plaquées au synthé, dès la première chanson : une présence et une voix qui sonne : claire, tonique, vivante. Adélys nous embarque dans sa sphère musicale, qui est aussi poétique et visuelle. 

Normandie, Belgique et toujours plus au Nord Montréal : son spectacle est un voyage où l’on retraverse avec elle un parcours personnel.  Bruxelles, pas celle de Dick Annegarn mais sa Bruxelles à elle à vélo au fil des canaux, qui nous prend tout autant. La mer à l’infini des côtes normandes d’où elle vient, qui se mélange au ciel. Puis plus loin Montréal où l’eau devient neiges du grand Nord. Un parcours au fil de l’eau justement, peut-être le fil d’Ariane de son spectacle : l’eau vive comme l’énergie de la vie qui coule, de la nature, de la liberté d’une chanteuse qui veut « ouvrir toutes les fenêtres », suivre « les ruisseaux » : regarder le monde autour, oser sa vie, se métamorphoser.

D’une mélodie électro à l’autre, son spectacle est en fait un voyage au fil de sa géographie intérieure. Un regard engagé sur le monde comme il va ou ne va pas. Adélys explore les thèmes de son temps, avec son regard singulier. La planète en danger, la nature qu’on n’entend plus : c’est la « goutte d’eau » prise dans un monde qui perd le Nord. Le genre féminin qui veut exister, dans sa puissance et sa fragilité : c’est quand tu ne veux pas être prise pour « ton corps », c’est la voyageuse solitaire de « Bruxelles », c’est l’«Araignée » qui veut exprimer toute sa créativité sans qu’on l’empêche. Les piégés de notre monde oppressant : c’est la femme de chambre de cet hôtel d’Ottawa ou l’animal humain du « Lundi matin ». 

« Toutes les Fenêtres et les Ruisseaux » ouvre une succession de tiroirs, d’histoires aux ambiances visuelles et musicales chaque fois différentes. Les rythmes parfois nous emmènent en douceur vers des ailleurs contemplatifs et, le plus souvent, balancent et nous font pulser. Dans une scénographie minimaliste autour d’un immense cube, le voyage prend des colorations changeantes : Adélys a fait appel à l’art numérique et au jeune créateur visuel Félix Bonjour pour mettre en noirs ou en couleurs son univers intérieur. En écho à la musique et aux textes, une suite d’ambiances et de paysages abstraits se projettent sur les faces tantôt intérieures tantôt extérieures du cube : un cadre à visiter, à quitter, à dépasser. A la fois musical et visuel, le spectacle est toujours poétique et sensible.   

Au fil de ses chansons femme-araignée créatrice, animal humain prisonnier, goutte d’eau en bottines de pluie ou rangers rouges, Adélys se met seule en scène. Déboulée à la musique électronique après une formation classique, au jazz et à l’opéra, la chanteuse inscrit tout naturellement sa singularité dans le nouveau paysage des chanteuses électro françaises. Parfois gai, parfois triste quand c’est plus sombre, il est toujours humain et sensible. C’est surtout plein d’énergie et fondamentalement joyeux. Encore !

Véronique Bonnet